A la recherche de l'oiseau rare

Maroc : Le Sahara Occidental

C’est avec une excitation non dissimulée que le groupe birdwatching-blog se retrouve enfin après plusieurs années de disette. En effet, Covid et obligations familiales obligent, il a été difficile d’organiser des voyages ces derniers temps. Mais voila que nous renouons avec le Maroc .. 10 après notre premier voyage ornitho au Maroc, nous décidons cette fois ci d’arpenter le sud du pays.

L’organisation est atypique pour ce voyage, deux d’entre nous (Philippe et Jean-Luc) partent depuis la France avec le camping-car et les trois autres (Gilles, Jéré et moi-même) prennent l’avion direction Agadir. Nous nous retrouvons comme prévu à Agadir le 16 mars 2024 tôt le matin pour le début de notre voyage. L’itinéraire doit nous mener aux portes du Sahara Occidental jusqu’à la Lagune de Khnifiss. Le camping car 4×4 est préparé pour arpenter les pistes marocaines. Surélevé, équipé d’une plaque de protection, nous avons également pris soin de prendre des plaques de désensablement. Un des objectif du voyage est d’emprunter les pistes de l’oued Draa.

D’un point de vue guide ornitho, assez peu de références pour cette zone, nos recherches nous dirigent vers les travaux de Patrick Bergier, spécialiste du Maroc. Un compte rendu assez précis (disponible ici) nous permet de préparer notre itinéraire. On s’aidera également du Dave Gosney.

La carte ci dessous donne l’ensemble des spots visités.

Oued Souss et Oued Massa

Pour l’heure nous démarrons avec un tour de chauffe « facile », le premier jour est consacré à l’Oued Souss et à l’Oued Massa.

Une route permet de longer très facilement l’Oued Souss, nous nous arrêtons au grès des observations, la route fait place ensuite à un chemin pédestre que nous empruntons. En ce début de printemps, la température est assez élevé, nous atteindrons les 40°C en début de semaine avant de retrouver des normales de saisons (25°C). Ceci étant, les oiseaux sont bien présents et en nombre .. Un bonne quantité de Sterne Caugek (70) et de Petit Gravelot (50) occupent l’espace. Au loin, au niveau de l’embouchure, une grosse colonie de goélands brun s’envolent au grès du vent. Becasseau variable et cocorli s’activent sur le sable alors que le coucou geai traverse la rivière. Toutes les observations de l’Oued Souss sont disponibles sur birdingnotebook.

Après un bon repas, nous retrouvons l’Oued Massa. La réserve assure une bonne préservation du lieu. Comme en 2014, nous croiserons le chemin de l’Ibis Chauve (emblème de la réserve). Le chemin qui mène à l’embouchure est assez long, comptez bien 2 heures pour faire l’aller-retour … surtout si vous êtes du style a jeter des coups de jumelles un peu partout. En vrac, voici les observations que nous faisons : Aigrette garzette (3), Bulbul des jardins (4), Chevalier aboyeur (1), Chevalier guignette (3), Chevalier sylvain (3), Cochevis de Thékla (1), Courlis cendré (6), Échasse blanche (1), Épervier d’Europe (1), Fauvette mélanocéphale (1), Fauvette passerinette (1), Guêpier d’Europe (1), Héron cendré (4), Ibis chauve (10), Linotte mélodieuse (2), Marmaronette marbrée (5), Petit Gravelot (1), Pie-grièche à tête rousse (10), Serin cini (3), Spatule blanche (3), Tadorne casarca (1), Tarier pâtre (1), Traquet oreillard (1).

Une bonne moisson donc même si nous ne parvenons pas à trouver le Tchagra à tête noire pourtant bien présent dans la réserve.

Après une nuit passée dans les environs du Massa, nous empruntons la route vers Goulimine en passant par la cote. Un passage vers la ville de Mirleft permet de faire du seawatching et également de chercher les faucons dans les falaises maritimes. Nous y trouverons la sous espèce marocaine du Grand Cormoran et de somptueux paysages.

Oasis de Tighmert

L’objectif de la journée est de rejoindre l’oasis de Tighmert, c’est chose faite en début d’après midi. Nous faisons une halte un peu au hasard dans le village mais la déception du lieu se fait vite sentir, les canaux ne sont pas irrigués, les cultures sont très maigres et donc très peu de vie dans l’oasis. Les cultures ont elles été abandonnés par manque d’eau ? Nous ne trouverons pas de réponse à cette question. La Buse féroce et le Faucon crécerelle tournent autour de la mosquée. Nous croiserons également le Traquet à tête blanche, le Verdier d’Europe et la Huppe Fasciée.

Nous décidons de tenter notre chance au barrage de Tighmert … et l’eau est au rendez vous. Ne vous attendez pas à une grande étendue d’eau ou une rivière à gros débit. Les Oueds sont en eau juste par endroit et forment des étangs. C’est ce que nous trouvons au niveau du barrage de Tighmert avec quelques oiseaux à se mettre sous la dent. En vrac: Bulbul des jardins (2), Chevalier culblanc (5), Fauvette passerinette (1), Gallinule poule-d’eau (1), Merle noir (2), Tadorne casarca (2).

La fin d’après midi arrive, il est temps de prendre la route vers Fort Bou Jerif. Nous y passerons la nuit. Sur le trajet, nous passons sur un pont au dessus de l’Oued Noun, nous y trouverons de l’eau et du passage migratoire : Balbuzard Pêcheur, Cigognes Noires. Parmi les sédentaires : Buse féroce (1), Chevalier culblanc (1), Chevalier guignette (1), Échasse blanche (1), Gallinule poule-d’eau (1), Grèbe castagneux (1), Hirondelle rustique (50), Marmaronette marbrée (20), Pie-grièche à tête rousse (1) et Tadorne casarca (3) peuplent l’Oued.

Fort Bou Jerif et l’Oued Noun

Nous prévoyons de passer deux nuits à Fort Bou Jerif. Erigé par les Français en 1935, le fort avait pour objectif de pacifier la zone, il est aujourd’hui abandonné et le complexe touristique est un point de départ pour les expéditions en 4×4 ou en moto dans le désert (Plage Blanche notamment).

L’oued Noun est accessible à pied depuis l’Hotel, nous nous y rendons tôt le matin. Au niveau du fort l’oued est à sec mais nous y trouvons pas mal de passage : Balbuzard pêcheur (2), Busard cendré (1), Faucon crécerelle (1), Fauvette de l’Atlas (1), Guêpier d’Europe (20), Milan noir (3) et Pouillot de Bonelli (1).

Après quelques minutes de marche, Phil pointe de son doigt le sol en poussant le cri de celui qui a vu le loup : Oh ! Oh ! Oh ! , la, la, ici !! tous le monde s’approche en suivant du regard l’objet de l’étouffement de Phil .. on s’attend alors à un serpent et il faudra quelques secondes pour distinguer dans un trou, sous des racines, le Petit-duc scops. Une grande première pour tous les membres de l’équipe. Incroyable ! Il dort la à 3 mètres de nous. Il finit par se réveiller et s’envole non loin dans les buissons.

Ls sédentaires sont aussi au rendez-vous: Pie-grièche à tête rousse (2), Traquet à tête grise (1), Traquet oreillard (1), Traquet rieur (1).

Nous décidons de rentrer au camp de base pour laisser passer les heures les plus chaudes de la journée puis d’aller explorer l’oued Noun plus en aval, la ou les images satellites semblent montrer qu’il est en eau .. rien n’est moins sur mais nous tentons le coup. Après 45 minutes de pistes assez praticables, nous arrivons sur les lieux. Une belle surprise nous attend, des dizaines de passereaux (Bergeronnette printanière, Buse féroce, Cochevis de Thékla, Gorgebleue à miroir, Hirondelle rustique, Pie-grièche à tête rousse, Pipit spioncelle, Pouillot de Bonelli, Pouillot fitis, Rougequeue à front blanc, Torcol fourmilier, Traquet oreillard) sont de passage et se laissent approcher assez facilement. L’oued peut être longé sur plusieurs centaines de mètres et offre une promenade fort agréable en cette fin d’après midi. Toutes les observations ici.

Nous passons une nouvelle nuit à Fort Bou Jerif avant de reprendre la route direction Plage Blanche.

Plage Blanche

La plage blanche s’étend sur une distance de 40 km, malgré les différents projets de construction de tourisme de masse évoqués sur Internet, ce lieu est resté extrêmement préservé. D’un point de vue ornithologique, la plage offre un lieu de repos situé sur la route migratoire de nombreux oiseaux. La présence particulièrement abondante de mollusques offre de la nourriture pour tout ce petit monde.

L’accès à la plage est facile sur sa partie Nord (voir carte), une route mène à une aire de camping car. Mais pour accéder au reste de la plage .. pas vraiment d’autres choix que de circuler directement sur la plage avec le camping car au risque de s’embourber dans le sable. Nous ne tenterons pas l’aventure et nous nous contenterons de nos jambes pour arpenter ce lieu.

Au large de nombreuses Macreuses Noires surfent sur les vagues tandis que les Fous de Bassan se laissent tomber dans l’eau à la recherche de poissons. Sur la plage de nombreux limicoles se laissent observer : essentiellement Bécasseaux Sanderling et Bécasseaux variables.

Toutes les observations à Plage Blanche sur Birding Notebook.

Nous traçons vers notre prochaine étape, l’embouchure de l’Oued Draa et Tan Tan Plage. Dave Gosney mentionne une zone de culture céréalière au entre le km 33 et 35 sur la route entre Goulimine et Tan-Tan, nous y faisons une halte : Alouette bilophe (4), Ammomane élégante (1), Busard des roseaux (1), Guêpier d’Europe (2), Roselin githagine (100), Traquet rieur (1).

Nous trouverons également quelques Alouettes de Clot-Bey.

Nous passons la nuit sur la route non loin de la ville de Labyar et nous nous réveillons au son d’un troupeau de dromadaire.

Embouchure de l’Oued Draa

L’objectif est de rejoindre l’Hotel Ksar Tafnidilt. Situé sur les rives de l’Oued Draa, cet hotel est un bon point de départ pour longer l’oued jusqu’à son embouchure. Malheureusement, l’ensablement de la piste nous empêchera de rejoindre l’hôtel .. et ce malgré le camping car 4×4.

Pas grave changement de plan. Nous irons jusqu’à l’embouchure du Draa par la route.

Depuis Tan-Tan et la nationale 1 nous empruntons la route qui mène à l’embouchure. Le paysage est plutôt monotone mais laisse place a un magnifique point de vue à l’arrivée.

Pas mal d’oiseaux sur l’embouchure et la longue vue n’est pas de trop. Aigrette garzette (1), Balbuzard pêcheur (1), Flamant rose (2), Goéland brun (100), Héron cendré (1), Hirondelle rousseline (1), Spatule blanche (23), Sterne caugek (30) sont au niveau de l’embouchure. En cette fin d’après midi, nous resterons sur place environ 1H avant de rejoindre la réserve pastorale de la Lakhouiyat. Ce lieu n’est pas indiqué dans les guides mais un panneau indiquant cette réserve nous intrigue.

Panneau indiquant la réserve pastorale .. intriguant

La faune du désert est bien représentée, on notera les espèces suivantes : Alouette bilophe (1), Ammomane élégante (10), Cochevis de Thékla (10), Courvite isabelle (6), Cratérope fauve (1), Fauvette mélanocéphale (1), Pie-grièche à tête rousse (1), Traquet à tête grise (1) et Traquet deuil (1). Une fois arrivé sur les rives de l’Oued Draa, un chemin pédestre longe la rivière .. très agréable.

A l’issu de cette journée, nous rejoignons la ville de Tan-Tan plage ou autrement nommée El Ouatia.

Parc National de Khenifiss

La route entre El Ouatia et Akhfennir est intéressante car elle enjambe plusieurs Oued de tailles variables qui se jettent dans l’océan. A l’époque de notre visite (Mars 2024), tous les ponts sont en travaux .. ce qui ne va pas vraiment dans le sens de la tranquillité des lieux. Ceci étant on pourra noter les espèces suivantes : Bécasseau sanderling, Courlis corlieu, Fou de Bassan, Goéland brun, Grand Cormoran, Huîtrier pie, Macreuse noire, Pluvier argenté, Spatule blanche, Sterne caugek, Tournepierre à collier présents en plus ou moins grands nombre sur chaque embouchure.

En ce qui concerne le Parc National de Khenifiss, trois spots principaux sont donnés par la littérature :

  • Hassi Ez Zahar,
  • La cascade de Kaoui Naam,
  • Et bien sur la lagune de Khenifiss.

Sur ces trois spots, nous n’en visiterons que deux, nous jugerons que Khaoui Nâam est trop reculé, il faut compter la journée depuis la lagune pour s’y rendre .. avec le risque de s’ensabler. Ceci étant les paysages offerts par Hassi Ez Zahar sont probablement assez similaires à ceux de Khaoui Nâam .. j’espère que les puristes nous pardonneront 😉

Une fois arrivé à Akhfennir, nous bifurquons à gauche afin de rejoindre Ez Zahar, Impression de bout du monde même si vous pourrez compter sur une route en parfait état pour vous y rendre .. en effet un champ d’éolienne a récemment vu le jour dans la zone.

Nous trouverons de l’eau douce dans cette dépression rocheuse rendant la zone marécageuse. Un lieu propice à une halte migratoire .. les environs étant plutôt arides.

Parmi les présents dans le secteur ce jour la , on compte : Bécassine des marais (1), Chevalier culblanc (2), Gorgebleue à miroir (1), Héron cendré (1), Hirondelle rousseline (3), Petit Gravelot (3), Tadorne casarca (1) et Traquet du désert (1).

La fin d’après midi arrive et après quelques minutes d’hésitation nous décidons de rejoindre la lagune de Khenifiss par la route principale .. le plan initial était de rejoindre la cascade de Kaoui Naam par les pistes puis de retrouver la lagune par le sud ensuite .. plan finalement jugé hasardeux et couteux en temps de trajet.

Nous passons donc la nuit au niveau de la lagune et c’est donc logiquement au bruit des oiseaux de mer que nous nous réveillons le lendemain matin. Quelques pêcheurs sont présents au niveau de l’embarcadère .. l’un deux accepte de nous amener faire un tour dans la lagune pour 350 dirhams. Intéressant au vu de l’immensité des lieux et des accès par véhicule inexistants.

La lagune est de loin le lieu le plus riche en oiseaux que nous avons visité durant ce voyage. La sterne caspienne fait quelques allers-retours, le balbuzard pêcheur chasse son poisson, nous assistons en direct à la capture en plein vol d’un bécasseau sanderling par le faucon de barbarie.

Ici et la nous observons de grands rassemblements de limicoles .. assez photogéniques.

Vol mêlé de Barge à queue noire et Pluvier argenté

Les grand échassiers sont également bien représentés.

La ballade valait le coup, nous avons pu approcher les oiseaux de près sans les déranger. Nous remercions notre pilote en lui achetant deux lottes pour le repas de midi. Et c’est ici que nous atteignons le point le plus au sud de notre voyage. Nous décidons de remonter vers Tan-Tan pour retrouver l’oued Drâa et tenter d’explorer sa partie plus amont.

L’Oued Drâa (partie amont)

Nous parvenons à trouver une piste qui longe l’Oued Drâa (voir carte en début d’article). Nous la longerons sur quelques kilomètres jusqu’à ce que son état nous dissuade d’aller plus loin. Pas mal d’eau dans l’oued en ce mois de mars et la zone est très favorable à l’observation de l’avifaune du désert : Ammomane isabelline (4), Bruant striolé (1), Chevalier guignette (1), Cochevis de Thékla (2), Faucon crécerelle (1), Monticole bleu (1), Petit Gravelot (1), Pie-grièche à tête rousse (1), Traquet du désert (2), Traquet motteux (2), Traquet oreillard (2), Traquet rieur (3). Nous restons sur place pour passer la nuit.

L’Anti Atlas

Pas mal de kilomètres à parcourir pour rejoindre Agadir et comme d’habitude personne ne veut se résoudre à terminer le voyage ! Nous ferons un « petit » détour dans l’Anti Atlas. C’est dans le village d’Amtoudi que nous décidons de passer la dernière nuit (Hotel Camping Amtoudi). L’idée est de passer la matinée qui suit autour du village. Sur les conseils du personnel de l’Hotel nous empruntons le chemin qui longe la rivière Amtoudi. Chemin qui s’avere très agréable en ce début de matinée. Quelques cultures d’oignons ici et la .. les guêpiers d’eurpore s’en donnent à cœur joie dans le village .. et nous finirons par tomber sur 3 Aigles de Bonelli dans les falaises alentours .. nicheur dans la zone. Nous surprenons une vingtaine de perdrix gambra dans un ébouli rocheux. Quelques fauvettes ici et la (Fauvette mélanocéphale et Fauvette passerinette). Le Monticole bleu, la Pie-grièche à tête rousse et le Rougequeue à front blanc sont présents. Ainsi que le Traquet à tête blanche et le Traquet motteux.

C’est sur cette belle trouvaille que se termine ce voyage .. en conclusion je dirais que nous avions au départ un itinéraire un peu plus ambitieux .. avec notamment plus de lieux éloignés (Oued Drâa dans sa partie encore plus amont ou Khaoui Nâam), la progression sur les pistes qui mènent à ces lieux aurait été surement possible mais nous aurait pris énormément de temps et d’énergie. Nous avons préféré rester sur des sentiers battus avec quelques excursions en mode 4×4 mais en restant toujours assez proche des routes principales.

C’est avec nostalgie et plein de belles images en tête que nous repartons pour la France.

2 Comments

  1. Philippe HEITZ

    Bravo Manu et merci pour ce rapport de voyage qui nous laissera de magnifiques souvenirs.

  2. Gilles CHAMPION

    Superbe reportage
    Des renseignements intéressants et des photos au top

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